LE MOT DU PRESIDENT

 

 

            Chers Sociétaires, la Rive Gauche est composée de six arrondissements. Le 5e est appelée le Panthéon, le 6e le Luxembourg, le 7e, le Palais-Bourbon, le 13e, les Gobelins, le 14e, l’Observatoire et le 15e, Vaugirard. Nous avons ainsi 5 noms de bâtiments et celui d’une rue. Notre Petite Patrie est la seule à porter grâce à sa dénomination du 1er janvier 1860, l’immensité de l’infini. Son histoire est bien entendu florissante de l’universalité de l’esprit.

         L’Observatoire et Montparnasse, le sanctuaire d’Apollon et des Neuf Muses, aiment se délecter dans l’ivresse des cimes et du génie, de grâce n’oublions pas Plaisance et Montsouris. Alexandre Arnoux a écrit dans la Géographie Sentimentale du 14e : « Le clair de lune, à mon sens, y possède une vertu et une puissance particulières. »

Chers Sociétaires, à la veille des grandes vacances, nous pouvons vous annoncer que notre Revue numéro 50 est en train d’être mise en maquette. Les dernières activités furent riches de rencontres et d’avenir. L’Été sera Montparno. Nous vous souhaitons de bonnes vacances à vous ainsi qu’à votre famille.         

 

 

Georges Viaud

 

L’Identité de la France

et la Culture

(paru dans notre bulletin n°162)

 

         Les Écrits, La Méditerranée et L’Identité de la France de Fernand Braudel sont des œuvres majeurs de la méthode historique du 20e siècle. Professeur au Collège de France, Il est l’un des plus grands historiens de notre période. Il est notre maître dans la recherche de notre Petite Patrie. Nous avons été très heureux d’apprendre qu’il avait habité au 11, rue Monticelli. En 1968, il a même adhéré à notre société. Nous avons eu aussi le bonheur de le rencontrer à la Maison des Sciences de l’Homme, boulevard Raspail. Nous étions chercheurs libres au Laboratoire Informatique des Sciences de l’Homme. Nous réalisions alors le Répertoire bibliographique de l’histoire de l’abbaye et de la basilique Saint-Denis.

         Au soir de sa vie, Fernand Braudel s’expliquera au sujet du titre, L’Identité de la France - Espace et Histoire - Les Hommes et les Choses. « Le titre d’un ouvrage n’est jamais neutre. Alors ai-je raison d’intituler ce volume : Identité de la France, le mot m’a séduit, mais n’a jamais cessé, des années durant, de me tourmenter.

         Alors qu’entendre par Identité de la France ? Sinon un superlatif, sinon une problématique centrale, sinon une prise en main de la France par elle-même, sinon le résultat vivant de ce que l’interminable passé a déposé patiemment par couches successives, comme le dépôt imperceptible de sédiments marins à créer, à force de durer, les puissantes assises de la croûte terrestre ? En somme un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. Un processus, un combat contre soi-même destiné a se perpétuer…

         Voilà donc l’histoire invitée à quitter la quiétude du rétrospectif pour l’incertitude de la « prospective ». Mais n’est-ce pas là un mouvement naturel de la réflexion historique que de passer, comme le disait Joseph Chappey, « d’un vrai historique apparent à un vrai historique caché. » ou à un historique à venir ? »

         Fernand Braudel s’interrogeant en premier lieu sur la géographie dira à la suite de Vidal de la Blache que la France est un être géographique. « Lucien Febvre répétait et il faut répéter après lui, « que la France se nomme diversité ». J’aimerais presque mieux dire, bien que ce soit plus plat, « est diversité », car ce n’est pas seulement une apparence, une appellation, mais la réalité concrète, le triomphe éclatant du pluriel, de l’hétérogène, du jamais tout fait semblable, du jamais vu tout à fait ailleurs … Le pluriel submerge, engloutit le singulier. La France est « une et divisible », conclut avec drôlerie Yves Florenne.

         Mais si géographes, historiens, économistes, sociologues, essayistes, anthropologues, politologues s’accordent à constater la diversité française, s’ils le font même avec une sorte de plaisir et d’appétit, c’est, une fois cette révérence faite, pour tourner aussitôt les talons et ne plus s’intéresser qu’à la France une. »

         Justement, la Culture est diverse comme d’ailleurs les paysages et la gastronomie dans toutes les régions. Ainsi Paris fusionne à chaque pas et à chaque instant la pluralité de la France et du monde. Nous aimons redire sa disposition à révéler l’universalité de l’attraction de la Ville-Lumière, Elle est la capitale des Arts et des Lettres, des Droits de l’Homme, des Révolutions, de la Mode, du Plaisir, du Crime, des Expositions Universelles, de la Modernité et de la Religion. C’est la Capitale de l’Univers. Elle a accueilli l’année dernière 18 millions de visiteurs et la France, 76 millions.

         Quoi qu’on en dise notre culture est riche des multiples savoirs de nos provinces et des étrangers. Si on a beaucoup parlé pendant la campagne présidentielle de l’immigration du travail, on a à peine parler de la culture française et de son aura dans le monde.

         Montparnasse en est aussi un l’exemple. Les étrangers y sont venus et y viennent toujours. « Ces français d’adoption ont assuré nos réussites les plus vives : Maria Sklodowska (1867-1934), devenue Marie Curie, qui découvre la radium en 1898, et sera Prix Nobel en 1911 ; Pablo Picasso (1881-1973), né à Malaga ; Amadeo Modigliani (1884-1920), à Livourne ; Marc Chagall à Vitebsk, en 1887 ; Eugène Ionesco, en 1912, Slatine, en Roumanie… Au vrai la liste serait trop longue de tous les étrangers de marque qui ont choisi de vivre chez nous. S’ils nous sont chers ce n’est pas seulement que, hommes illustres, ils nous honorent. C’est qu’ils ont accepté de devenir des nôtres…et qu’ils ont apporté une nuance de plus à notre culture complexe. » Ainsi Fernand Braudel rappelait la diversité multiculturelle de la France.

         Nous pouvons dire aussi que les préoccupations actuelles au sujet de la mondialisation occupent les esprits. Il nous semble que c’est pour cette raison que nous devrions être d’autant plus amenés à considérer les potentialités de notre histoire. À ce sujet, nous aimerions parler de la synergie économique de la Culture, sujet tabou à l’heure actuelle. L’année dernière, le Sénat a publié un rapport sur le rôle économique du patrimoine historique. Cette branche génère 500 000 emplois, non délocalisables. Il serait temps de penser que la Culture et le Patrimoine font partie intégrante de notre âme. Cette richesse est l’avenir de la France.

 

Georges Viaud

 

 

 

 

 

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